Haïti trois ans après : la reconstruction inachevée

Le séisme survenu en Haïti le 12 janvier 2010 a ravagé Port-au-Prince et ses environs, faisant 250 000 morts et 300 000 blessés. Trois ans après, les camps, les tentes et les bidonvilles sont toujours là, et la population doit faire face à une épidémie de choléra qui a déjà fait plus de 7 800 morts depuis 2010. Parmi les points positifs, on peut compter la reconstruction de l’aéroport de Port-au-Prince, le déblaiement de l’essentiel des gravats, et le démantèlement d’une partie des camps. Mais le problème majeur demeure la faible avancée dans le relogement des sinistrés. Sur près de 250 000 logements détruits suite au séisme de magnitude 7, les différents programmes de reconstruction ont abouti pour l’instant à la réparation et à la construction de :

  • 6 500 maisons endommagées
  • 4 500 nouveaux logements
  • 100 000 abris provisoires en dur

Conçues pour durer cinq à dix ans, ces constructions provisoires, appelées aussi T-Shelters, coûtent environ 4.200 dollars et captent 80% des fonds distribués, mais sans pour autant respecter tous les standards fixés par l’Organisation internationale pour les migrations :

  • une superficie minimale de 18 m2
  • une dalle en ciment
  • une couverture en contreplaqué ou panneaux de ciment

Ainsi, depuis l’été 2012 les organisations internationales se sont engagées à ne plus encourager l’implantation de T-Shelters.

77 % des 1,3 millions de sans-abris seraient déjà sortis des camps d’urgence, mais les conditions de leur relogement son précaires, dans la mesure où une majorité d’entre eux sont allés grossir la population des bidonvilles de la capitale, ou ont réparé eux-mêmes leur logement, près de 50.000 à ce jour. Pour les plus chanceux qui ont pu bénéficier du projet 16×6, de nombreux problèmes restent posés.

Ce programme s’inscrit dans la nécessité de passer d’une habitation d’urgence à des constructions permanentes. Le projet 16×6 vise ainsi à réhabiliter seize quartiers pauvres de Port-au-Prince comme le quartier de Nérette à Pétionville, en permettant à des familles volontaires d’y louer ou d’y réhabiliter une habitation après l’obtention selon les cas d’une:

  • Allocation logement de 500 dollars
  • Subvention de 1 500 à 3 500 dollars, concernant à ce jour 23 000 familles.

Néanmoins, les 6000 réhabilitations ou constructions ont fait, d’une part, augmenter les loyers, provoquant, d’autre part, un phénomène de bidonvilisation des zones péri-urbaines.

Les différents projets restent toujours largement en-deçà des moyens nécessaires à l’élaboration d’une stratégie globale de sortie des camps. Les logements reconstruits ou réhabilités par les habitants eux-mêmes ou dans le cadre du projet 16×6 ne répondent pas non plus aux normes de constructions antisismiques et ne fournissent aucune garantie de sécurité. D’autres projets d’habitations présentent l’inconvénient d’être trop petits, 25 m2, pour des familles souvent nombreuses et multi-générationnelles, comme c’est le cas pour:

  • 400 maisons construites à Zoranje, au nord de la capitale
  • 3.000 maisons en construction au pied du Morne à Cabrit

Quant aux 496 camps de la région de Port-au-Prince, comme celui de « Marassa », construits de plastique et de toiles après le séisme et abritant encore 350 000 personnes, trois saisons des pluies et de cyclones auront fini par les transformer en véritables bidonvilles.

Selon la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), 65 000 personnes auraient par ailleurs été expulsées de ces camps manu militari depuis juillet 2010, tandis que 20 % de réfugiés seraient à leur tour menacés d’expulsion, les propriétaires privés réclamant la restitution des terrains occupés.

Aujourd’hui, le pays doit faire face à une période de transition critique entre la fin du secours d’urgence et le développement à long terme. Alors qu’aucune organisation haïtienne n’est en mesure de prendre le relai, les ONG, qui assuraient les soins, l’alimentation en eau potable et l’entretien des sanitaires, sont majoritairement parties ou sur le départ. Le Canada, l’un des principaux bailleurs de fond d’Haïti, a annoncé en janvier 2013 le gel de son aide au pays, pour sanctionner le manque d’avancement causé par la lenteur des institutions gouvernementales, qui avaient pourtant importé directement les programmes américains mis en place suite au tsunami asiatique et au passage de l’ouragan Katrina en Louisiane.

On estime que le préjudice causé par le séisme s’élève à près de 9 milliards de dollars, sur lesquels 70 millions ont été transférés aux organisations pour un programme concernant le logement, auxquels s’ajoutent 112 millions de dollars administrés par la Banque mondiale et dédiés au Fond de reconstruction d’Haïti. Ces chiffres sont néanmoins en-deçà des besoins pour assurer le relogement de la population touchée par le séisme. Le mouvement de solidarité avec les sans-abris d’Haïti, Mosoah, chiffre ainsi à 400.000 le nombre de logements manquants aujourd’hui, contre plus de 200.000 logements avant le tremblement de terre. A cela s’ajoute que :

  • 80% de la population vit toujours en-dessous du seuil de pauvreté
  • 70% d’Haïtiens n’ont pas de quoi se construire une maison

L’autre problème majeur est l’épidémie endémique de choléra qui touche près de  3 millions de personnes. Selon la Commission européenne, qui a affecté  22 millions d’euros pour faire face à l’épidémie (installations de traitement, amélioration de l’accès à l’eau et aux services d’assainissement et promotion d’actions en matière d’hygiène), les défis restent nombreux :

  • l’accès à l’eau salubre
  • les soins de santé de base
  • l’amélioration des services d’assainissement
  • la promotion de l’hygiène d’environ

Pour autant, le gouvernement du président Martelly veut croire en la reconstruction du pays en accentuant la coopération entre l’État et les Agences internationales, et les ONG, afin d’optimiser l’aide internationale, qui représente 400% des recettes publiques. Au nord du pays, la banque interaméricaine de développement a financé une immense zone franche qui accueillera des sous-traitants de multinationales afin de remettre le pays au travail. Espérons que l’esprit haïtien tinté d’enthousiasme, de volonté, de créativité contribuera à la sortie de l’impasse.

Eléments de bibliographie:

http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20130112trib000742126/le-president-d-haiti-ou-est-alle-l-argent-donne-apres-le-seisme.html

http://fr.ria.ru/world/20130112/197200558.html

http://www.slate.fr/story/67177/haiti-logement

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/11/trois-ans-apres-le-seisme-haiti-reste-a-terre_1815595_3244.html

http://www.lessonsfromhaiti.org/

http://europa.eu/rapid/press-release_IP-13-20_fr.htm

http://www.france24.com/fr/20130112-trois-ans-apres-seisme-360-000-sinistres-logement-haiti-camps-fortunes

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/11/trois-ans-apres-le-seisme-haiti-entre-camps-de-toile-et-bidonvilles_1815377_3244.html