Contexte

« À quoi bon une éducation si les enfants passent des années à l’école et en ressortent sans avoir acquis les compétences dont ils ont besoin ? Les nouveaux objectifs post-2015 doivent s’assurer que chaque enfant soit non seulement scolarisé, mais qu’il apprenne ce qu’il a besoin d’apprendre », Pauline Rose, Directrice du Rapport mondial 2014 de suivi sur l’EPT.

Le rapport mondial 2014 de suivi sur l’Education pour Tous (EPT) intitulé «Enseigner et apprendre : Atteindre la qualité pour tous» insiste sur la nécessité de politiques nationales solides considérant l’enseignement et l’apprentissage de qualité comme une priorité afin d’agir sur la crise de l’apprentissage (sur 650 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire dans le monde, au moins 250 millions d’entre eux n’acquièrent pas les exigences d’apprentissage les plus élémentaires). L’une des stratégies à développer dans les plans nationaux d’éducation, afin de permettre aux enfants scolarisés d’acquérir les compétences et les connaissances qu’ils doivent assimiler, porte sur la formation des enseignants.

Depuis les années 1980 et jusqu’à aujourd’hui, ont été amorcées en Haïti de nombreuses et ambitieuses réformes (réforme Bernard, Plan National d’Education et de Formation,…), démontrant bien là le soucis de l’Etat Haïtien de placer l’éducation au cœur de sa politique. La priorité donnée à la qualité de l’enseignement à travers la mise en place d’un plan de formation et de certification des maîtres fait l’objet de l’axe 3.1. du Plan opérationnel 2010-2015 du Ministère de l’éducation Nationale et de la formation Professionnelle (MENFP). En août 2014, suite aux résultats du baccalauréat estimant que seuls 37% des lycéens ont obtenu leur diplôme, le Ministre Nesmy Manigat a annoncé 12 mesures pour réformer le système éducatif haïtien, mettant l’accent sur la qualité de l’éducation et la formation des enseignants. 

Pour autant, l’accès à l’éducation tout comme l’offre éducative connaît des limites :

  • Selon les statistiques de la Fondation Haïtienne de l’Enseignement Privé (FONHEP), en 2000, seules 10 % des écoles primaires sont publiques. Ces dernières décennies, il n’y a eu pratiquement aucune régulation ou contrôle de la croissance du secteur privé, ce qui a souvent conduit à la création d’écoles fonctionnant en dessous des normes minimales. En septembre 2014, dans le cadre des 12 mesures précédemment citées, le MENFP s’est attaché à recenser les écoles sur le territoire haïtien (20% de l’offre relèverait du secteur public) pour délivrer en 2015 les cartes d’identification d’écoles (CIE) et limiter ce phénomène d’expansion insuffisamment encadré.
  • Ce même recensement a permis de dénombrer, en septembre 2014, 70 549 enseignants, dont 85% seraient insuffisamment formés sur les plans disciplinaires, didactiques et pédagogiques. Chacun de ces enseignants à reçu un permis provisoire d’enseigner (PPE) du MENFP (qui constitue un avis d’admissibilité conditionnelle exceptionnel délivré à tout enseignant actif en salle de classe recensé lors de l’enquête du 26 septembre 2014) valable pour 2 ans. Au cours de cette période, l’enseignant devra suivre le processus de certification lui permettant d’obtenir, après analyse de son dossier, son permis d’enseigner (PE)  pour pouvoir continuer à enseigner en salle de classe.
  • Le phénomène des « sur âgés » est une autre des caractéristiques particulières de l’éducation haïtienne : ce terme désigne un enfant dont le niveau scolaire est en décalage par rapport à son âge.
  • Il faut rajouter à tout cela un grand nombre d’élèves par classe (une moyenne d’une cinquantaine/classe).

Une initiative

Suite au séisme du 12 janvier 2010 et face aux pertes humaines et matérielles très importantes subies dans le secteur de l’éducation, trois Académiciens français, le Professeur Pierre LENA, membre fondateur de la Fondation pour l’éducation à la science  – La main à la pâte, le Professeur Jacques BLAMONT, conseiller du président du Centre National d’Etudes spatiales (CNES) et le Professeur Jean-Didier VINCENT, Président de l’Université Numérique Francophone Mondiale (UNFM) ont travaillé en lien étroit avec le Ministère haïtien de l’Education nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) afin d’apporter un accompagnement dans l’enseignement des disciplines de base du premier cycle fondamental.

La conviction partagée avec le MENFP est que le succès scolaire repose sur une bonne maîtrise des fondamentaux (créole, français, mathématiques et sciences). La collaboration entre les partenaires haïtiens et français a permis la conception d’un système de formation inédit pour diffuser, au sein du réseau national des EFACAP (Ecole Fondamentale d’Application – Centre d’Appui Pédagogique) géré par le MENFP, un programme d’entraînement à la pédagogie participative susceptible de faire évoluer les méthodes souvent frontales et répétitives en usage dans les classes haïtiennes.